Septembre 1993. J’ai rencontré plusieurs personnes à Nantes qui gravitent dans le milieu de la musique, des amateurs éclairés de cette nouvelle forme de musique que j’écoute depuis une paire d’années; des musiciens dont j’ai écouté des démos ou des premiers disques pour certains; des labels minuscules animés par une passion colossal. Mais de cette scène, j’en vois peu dans les médias, et j’aimerais en savoir plus, en entendre plus. L’idée de réaliser un fanzine est lancée. J’en ai touché deux mots à mon ami Thierry, qui est intéressé, en particulier pour écrire des chroniques de disques. Il ne reste plus qu’à prendre contact avec des artistes et des labels pour obtenir des interviews, l’élément central de l’objet.

Je n’ai pas encore de véritables idées sur la manière de faire les choses, alors je contacte les artistes comme je peux. J’ai rencontré les rennais de Lighthouse lors d’un show-case chez Tacoma, LE disquaire incontournable de Nantes, et ils ont accepté l’idée d’une interview qu’on a fixé à l’occasion d’un concert au Fuzz’Yon à La Roche-sur-Yon. Je récupère, je ne sais plus comment, l’adresse de Federico Pellegrini de The Little Rabbits à qui je m’empresse d’écrire pour expliquer ma démarche, qui me répond gentiment à me donnant son numéro de téléphone. Je me souviens très bien être allé jusqu’à la cabine téléphonique en bas de la résidence où j’habitais pendant mes études. Une cabine à cartes, qui n’existe très certainement plus. Après quelques sonneries, il décroche, on discute deux minutes, et il me propose un rendez-vous quelques jours plus tard dans un bar de La Gaubretière, où il sera présent ce jour-là.

Vendredi 9 février, après les cours, je rentre chez mes parents, j’emprunte leur voiture, et je prends la direction de la Gaubretière. Je me dépêche car je crains d’être en retard. Arrivé dans le bar, grosse surprise : le groupe est présent au complet, et se retrouve réuni ce soir-là… pour donner un concert. Pour ses amis d’enfance, ceux qui les ont connus et soutenus depuis leur début. L’ambiance est très chaleureuse, on sent que le groupe s’amuse, que le public s’amuse. Moi aussi, d’ailleurs. Le concert est bon, comme tous ceux que j’ai déjà vus du groupe, je suis bluffé comme à chaque fois. Et puis, ça éloigne un peu le stress, car c’est ma première interview. Je suis très tendu.

Après le concert, je rejoins le groupe à l’étage du lieu, dans ce qui fait office de loges pour l’occasion. Et je commence un peu à discuter avec Gaétan, très sympathique, très agréable, ce qui me permet de me détendre encore un peu plus. Quand il me demande le titre du fanzine que je prépare, je lui explique que je l’ai choisi en fonction d’une chanson de Lucie Vacarme, et du dessin de deuxième de couverture du livret du premier album de The Little Rabbits. Il sourit, me dit qu’il apprécie l’idée, car il existe une chanson du groupe qui porte également ce titre. Je suis ravi, la glace est complètement rompue, mon stress est parti.

9 février 1994. Première interview. Une naissance. Superstars! est vraiment lancé.

Nota Bene : pour cette interview, comme pour les prochaines qui seront publiées, le texte a été « remasterisé ». Comme pour les disques. Les erreurs de grammaire, d’orthographe, de frappe ont été corrigées, et certaines phrases remaniées. Mais cela n’enlève rien au sens des propos tenus à l’époque.


Aimez-vous faire des concerts comme ça, chez vous ?

Gaétan: Oui ! Bon, là, on l’a fait, mais c’est un peu spécial. D’une part, c’est le premier bar où on a joué quand on a commencé. Ça a changé de propriétaires il n’y a pas longtemps, et ce sont des gens qu’on aime vraiment bien. Ils nous l’avaient demandés il y a quelque temps. On avait commencé par leur dire non, puis finalement ça s’est fait mais discrètement. Tu vois qu’il n’y avait pas beaucoup de monde, pas beaucoup de gens qui étaient prévenus… Autrement, cela n’aurait évidemment pas été possible. Mais c’était sympa, évidemment. Ça ne se passe pas du tout de la même façon que dans une salle avec un autre public. Ce sont les gens qui habitent ici, ce sont nos amis, nos potes.

La chanson So many friends of mine est une dédicace à vos amis?

À tous nos amis…

L’amitié compte-t-elle beaucoup pour vous?

Je crois qu’elle est à la source de la vie. Parfois, on passe par des périodes plus ou moins cafardeuses, et heureusement, il y a toujours des gens sur lesquels s’appuyer. C’est évidemment important. Et puis je crois qu’on ne peut rien construire sans ami. On est cinq individus qui nous aimons bien, mais on a des moments de solitude. On n’habite déjà pas ici, on habite tous à divers endroits. On a besoin de ces moments de solitude où on ne se voit pas, où c’est vraiment autre chose. Et puis au-delà de notre amitié à nous, c’est nos amis d’enfance ici, c’est le lieu où on a grandi, c’est les gens qu’on ne reniera jamais. C’est nos amis et c’est important.

Ils vous ont sûrement soutenu quand vous avez débuté. Que pensent-ils de votre succès ?

C’est mitigé. Nos parents sont hyper fiers, ils sont vraiment contents. Mais en même temps, ce ne sont pas des spécialistes en matière de rock. Ce sont des gens qui ont vécu aussi ici et pas du tout dans cette ambiance-là et donc ils ne connaissent pas la presse spécialisée. Et puis on n’entend pas tellement parler de nous. Notre petite célébrité, notre petite notoriété est relative. Il n’y a notre tête nulle part. Eux pensent que les gens qui réussissent sont dans Télépoche ou Télé7jours. Il y a Ouest France qui crédibilise l’histoire de temps en temps et là, ils sont évidemment fiers. Ils ont déjà eu l’occasion de venir nous voir à Nantes. Ils ne comprennent pas forcément la musique qu’on fait, mais apprécient. Et puis, ils sont contents de voir que ça marche pour nous, qu’on en vit, qu’on ne fait que ça. Le jour où j’ai dit à ma mère « J’arrête mes études pour ne faire que ça« , elle m’a laissé faire mais je suis sur qu’elle s’est inquiétée.

A propos de la presse spécialisée justement, on entend peu parler de vous. Pour le dernier album, il n’y a pas eu de grosse chronique d’album et pas d’interview. Que pensez-vous de cette attitude?

Je trouve ça bizarre. En même temps, on s’en fout un peu, dans le sens où, quand on fait des concerts, il y a des gens. On n’en aurait pas rien à foutre, on serait sensible à ce problème avec la presse spécialisée si en même temps, il y avait 30 personnes au concert à chaque fois ou s’il y avait une vente de disques médiocre. Pour l’instant, pour ce qu’on attend de la musique, on peut s’en passer. On n’a pas besoin d’eux pour que les gens nous entendent. Il y a du monde aux concerts, on vend suffisamment de disques pour qu’on se dise que le public est intéressé par cette musique là. Le public concerné, il est touché par le bouche-à-oreille, il arrive à être au courant quand même. Donc c’est bien. En même temps, on trouve cette attitude bizarre. On deviendrait presque cynique par moments envers les médias. Parce que c’est quand même bizarre de faire l’apologie de certaines merdes à l’étranger et puis à coté de ça… pas seulement pour nous, c’est toute une scène qui est boycottée. D’abord nous, parce qu’on est peut-être le groupe qui marche le mieux, entre guillemets, mais il y a tout un mouvement, pleins de groupes intéressants en France dont on ne parle jamais et qui font des choses bien. Ces groupes-là par contre, parce qu’il n’y a pas eu de bouche-à-oreille, parce que ce sont vraiment des groupes locaux ou isolés, ou que le groupe n’a pas eu la chance de tourner comme nous… c’est vraiment un public hyper réduit qui écoute ces groupes-là et c’est dommage. Ça fait des tas de chansons gaspillées vraiment bien (Sourire).

Faites-vous un effort particulier pour ces groupes-là?

Oui. Il y a The Married Monk qui va faire toute la tournée, un groupe de Rennes, les ex-Swam Julian Swam, qui sortent un disque. S’il n’y a pas de merde avec Barclay et Rosebud. Le disque est vraiment bien, c’est ce que j’ai entendu de mieux en France. On a demandé à notre manager de les faire tourner, donc ils feront notre première partie. En même temps, on n’a pas un pourvoir énorme. On a réussi à le faire avec les Married Monk parce que Barclay était prêt. C’est vraiment des histoires d’argent. Barclay était prêt à filer un support tour. Mais nous, par exemple, on n’a pas de support tour parce qu’on n’a pas d’édition, on ne marche pas dans cette combine business. C’est un choix, mais en même temps ça veut dire beaucoup de bricolage à coté, à prendre sur soi. C’est à dire, par exemple, que si on aime bien n’importe quel groupe français et qu’on leur demande de faire notre tournée, le problème est que l’organisateur va souvent refuser. Il a la plupart du temps un groupe local à faire passer parce qu’il ne va pas le payer, qu’il ne va pas l’héberger. C’est vraiment des choses matérielles. Tandis que demander à un groupe de nous suivre 15 jours, il ne pourra pas financièrement parce que ça coûte de l’argent un concert, plus que tu n’en gagnes au départ. Souvent l’organisa­teur ne paye pas l’hôtel, et tu as la location du camion à payer, des tas de choses comme ça. En Angleterre et aux Etats Unis, les groupes le font plus parce que la musique c’est un choix de vie. En France, la plupart des mecs, et ils ont raison, ne vont pas se lancer comme ça. Ils sont étudiants ou ils ont un boulot à coté donc c’est dur pour eux de partir 15 jours ou 3 semaines. Il se trouve que pour The Married Monk, la maison de disques était prête à filer un support tour et que pour eux la musique est vraiment leur vie, ils essayent de ne faire que ça. Donc ils vont prendre énormé­ment sur eux parce qu’ils ne vont pas avoir de cachet mirobolant. Ça va sûrement leur coûter de l’argent individuellement.

Il y a donc un réel problème de ce coté-là?

C’est que le public n’est pas au courant pour ces groupes-là, parce que la presse spécialisée n’en parle pas. Alors que ce n’est pas compliqué pour elle d’en parler. En général, la presse spécialisée refuse d’en parler parce qu’elle pense qu’ils ne sont pas connus. Il faut aussi qu’ils vendent leurs canards alors ils vont faire leurs premières pages avec Morrissey. Il n’empêche qu’en se servant de Morrissey pour faire vendre son truc, à l’intérieur, ils pourraient y avoir des rubriques sur les jeunes groupes français et faire ainsi en sorte que ça marche un peu plus, qu’il y ait un esprit de découvertes dans ces revues. Ils ne le font pas parce que ça les emmerde. Bizarrement, et c’est para­doxal, pour ces magazines, le fond de leur revue c’est la musique anglo-saxonne. Ils boycottent les groupes français qui ont eux aussi la même fascination que ces journalistes là pour la musique anglaise ou américaine. Et à nous, on le reproche sans cesse : « Pourquoi vous chantez en anglais? » Alors qu’eux mêmes, ces médias-là, leur contenu est là-dessus, ils ont la même fascination.

Pourtant, on critique les groupes qui chantent en français.

En plus ! Il faut dire qu’on prend certainement moins de risque au niveau de la langue puisqu’on chante en anglais, c’est certainement une histoire de facilité. Ça nous vient plus naturellement en anglais qu’en français mais c’est qu’on n’est pas prêt du tout à faire l’effort de chanter en français parce que ça ne sonnerait pas de la même manière. Il faudrait trouver des formes nouvelles musicales. Il y a des groupes qui sont arrivés à faire sonner du français sur de la musique mais je parle pour l’ensemble des groupes. Il faudrait presque renouveler les formes musicales. Il y a des gens qui le font. Il y a Dominique A. qui le fait, mais ce n’est pas la même musique que nous. Katerine, c’est pareil. Notre dernière petite chanson sur le disque après l’espace blanc, elle est en français mais elle ne sonne pas du tout comme les autres. Ça ne peut pas être une grosse chanson, elle va avoir ce coté manège enchanté, orgue de barbarie… Les mots vont beaucoup plus avec l’ambiance musicale qui va derrière. Mais faire la musique qu’on fait en chantant en français, ça sonnerait forcement différemment. Il faudrait trouver une nouvelle instrumentation. Et il y des groupes en ce moment qui se penchent la dessus, qui essayent de réinventer… Il y a un parti pris délibéré au départ, c’est de chanter en français. Après la musique doit suivre, doit s’adapter et c’est vrai que la presse ne laisse pas le temps à ces groupes-là, à cette scène, le temps de mûrir. Souvent on les casse avant qu’ils essayent de faire quoi que ce soit.

Revenons à votre musique. Je trouvais que sur le dernier album il y avait une énergie qu’il n’y avait pas sur le premier. C’est voulu?

C’est conscient parce qu’on a pris beaucoup de recul par rapport au premier. Il manquait ça surtout par rapport aux concerts, donc on a travaillé différemment. Même si on trouvait ça bien à l’époque ! De toute façon, à l’époque, on n’était pas capables de faire mieux. On a fait du mieux qu’on pouvait. Même au niveau du son, de la production, on était complètement inexpérimentés et avec le recul, on a trouvé que c’était un peu trop clinique, un peu trop propre. Surtout qu’il y avait un gros décalage avec les concerts. Souvent les gens qui connaissaient le disque puis nous voyaient, préféraient les concerts au disque. Pas parce qu’on jouait mieux sur scène. On n’était pas à la hauteur de ce qu’on avait fait sur le disque mais seulement il y avait une intensité autre… quelque chose de plus authentique… plus proche de notre son. Le son a cette intensité sans rien faire de plus. Juste allumer l’ampli, mettre un micro et voilà. Le son est comme ça. Le son du disque est produit bien sûr ! Il y a un travail de peaufinement et d’arrangement, mais en gros, il est assez proche du son qu’on a sur scène.

J’ai été surpris par la version de Sally que vous avez apparemment réenregistrée. Je trouvais que c’était dommage que le son ait été changé.

Federico : Pourquoi?

Je ne sais pas, j’aimais bien la première version…

Tu t’y étais habitué…

Gaétan : Beaucoup de gens ne la connaissaient pas parce que le EP… c’était un EP ! On s’est dit « pourquoi pas la remettre sur le disque ? » Mais on ne l’aurait pas remis de toute façon comme elle était sur le EP. Elle sonne complètement différemment… Toi, tu es plus sensible à la première version. Il y a des gens qui sont plus sensibles à cette version. Parce que je crois qu’elles n’ont rien à voir.

Federico : Quand tu auras le choix entre 4 versions, peut-être que tu seras plus sensible à une autre. Parce qu’il y aura d’autres versions de Sally. Il y aura des versions acoustiques, des versions parlées…

Il y avait déjà d’autres versions sur le maxi…

Ouais… mais là, il y aura d’autres versions plus tard, enfin si on continue ce qu’on voulait faire. Il y aura peut-être une version acoustique, et encore plus loin, une version parlée. Et là, tu verras, peut-être que tu aimeras la version parlée et là tu ne pourras pas dire… C’est un morceau à multiples facettes, que tu peux faire sonner n’importe comment. Enfin pas n’importe comment, mais de multiples façons et Sally en fait partie… de ces chansons là.

Gaétan : C’est presque un morceau saisonnier. Tu peux le jouer de telle façon à Pâques et si tu le joues tout seul en acoustique en été, il te vient d’autres idées dessus et si tu le fais en automne… Tu vois il y a différentes ambiances sur ce morceau. C’est un morceau à ambiances. Tu peux travailler des ambiances complète­ment différentes. Il est presque inépuisable comme morceau dans la mise en place de sa structure.

Donc sur scène, vous pourrez le jouer de différentes façons?

Federico : Sally est un morceau qu’on joue quasiment depuis le début et qui a eu au moins trois versions.

Gaétan : Si tu veux savoir l’histoire de cette chanson, au départ, elle n’avait pas de titre et on l’appelait « Improvisation » parce qu’il y avait trois accords qui sont toujours les mêmes. Pour nous, c’était ce qu’il y avait de plus simple pour improviser dessus, ce qui faisait qu’elle sonnait complètement différemment à chaque concert, à chaque fois qu’on jouait parce qu’on improvisait plus ou moins. Petit à petit, il y a une structure qui s’est faite et on l’a enregistré pour le EP. Puis on a d’autres cassettes démos de Sally ou elle sonne très différemment aussi. C’est un morceau inépuisable. Vivement l’automne prochain !

Après avoir repris un titre d’un groupe australien, vous reprenez un titre d’un chanteur néo-zélandais. Avez-vous une attirance particulière pour ces deux pays?

Comme pays pour aller visiter, ouais! Mais cela n’a rien à voir avec la musique. En fait, ça s’est fait comme ça. Je n’avais pas fait le rapprochement des deux.

Federico : Chris Knox écrit de si jolies chansons ! Je trouve qu’il invente quelque chose. Il renouvelle. Quand on a voulu faire une reprise de Chris Knox, on se disait n’importe laquelle. « La première qui viendra, peu importe mais on va reprendre Chris Knox« , parce que c’est un type qui sait écrire de belles chansons. Dans Croaker, il y a de jolies chansons et dans Seizure il y a des chansons un peu plus dures, et il y a aussi de très jolies chansons comme celle qu’on reprend… C’est un type qui sait écrire des chansons incroyables.

Gaétan : Mais tu vois, au départ, je ne pense que ce soit consciemment parce qu’ils sont de cette partie-là du globe, mais c’est vrai qu’on peut trouver beaucoup de points communs. J’aime certains groupes néo-zélandais parce que, justement, ils sont un peu décalés par rapport aux groupes anglais, ils se soucient peu des modes, ils continuent à faire de bonnes chansons. En même temps, il y a quelque chose d’un peu fade à la longue. Les Bats sortiront toujours le même album, les Chills aussi. Il n’y a pas de grandes surprises d’un album à un autre, mais au départ, ils ont une bonne écriture de chansons. Ils ne se posent surtout pas les mêmes questions que nous ou que certains groupes en enregistrement. Ils n’ont aucun travail de studio. C’est toujours la même guitare qui sonne derrière, c’est toujours le même petit rythme. Ça a quelque chose de très linéaire en même temps, mais les chansons sont biens.

Vous a-t’il été facile de trouver un nouveau label?

Federico : Pas très facile non. Parce qu’on est un groupe français qui chante en anglais. Ce n’est pas une question qu’on se posait avant mais au moment où on a dû trouver le label, et surtout maintenant, on comprend que ce ne soit vraiment pas facile pour un label français de sortir un groupe français qui chante en anglais. On doit être les mongoliens de la musique française. Donc, si on veut imposer notre musique il va falloir imposer un format complètement différent en France. Et donc, ça n’a pas été si facile que ça. Sûrement pas aussi facile qu’on le croyait. Je pensais que ce serait plus facile que ça de trouver, en rapport au premier album qu’on avait assez bien vendu… pour un groupe français… (Sourire) J’aurais cru que ce serait plus facile de trouver un label mais finalement les labels étaient tous un peu… Ils ont ce problème-là, ils ont le problème de distribuer en France… Un problème bizarre. C’est à dire que, il n’y a pas de média approprié pour nous, on est un peu les Emmaüs de la musique française. (Rires) Et ce n’est pas facile. Enfin Virgin… je crois qu’ils voulaient bien travailler avec nous quand même puisqu’ils avaient distribué le premier album…

Gaétan : C’est des gens compétents sur Labels.

Federico : Ils ne savent pas sur quel pied danser avec nous.

Gaétan : Ils ne savent pas trop comment faire… Ils sont un peu entre deux eaux. Enfin, on n’a pas du tout les moyens d’une major, mais on n’est plus sur un label indépendant.

Federico : Quand un groupe français sort un album, tu sors un clip, tu le balances sur les médias. Nous non. Ils ne peuvent pas faire de clip.

Gaétan : Il sera censuré.

Federico : Ils ont deux alternatives. Soit ils mettent des groupes anglo-saxons, des gros groupes en général, soit des groupes français, mais uniquement l’un ou l’autre. Nous, on est au milieu. Donc là, on n’a pas le droit de vivre. Ce n’est pas forcément leur faute. C’est à nous de nous inscrire dedans. Et il faut trouver un format pour s’y inscrire.

Gaétan : Il faut réinventer un format. C’est ce que je disais tout à l’heure. Peut être que si on avait été sur un label indépendant mais solide, peut être qu’il aurait pu travailler un peu plus sur nous comme avec les Thugs, essayer de travailler un peu à l’étranger.

Federico : On n’a pas l’impact des Thugs pour travailler à l’étranger.

Gaétan : Mais je suis sûr que les Thugs au départ, il ne l’avait pas non plus.

Federico : Au départ, oui mais quand le label a commencé à travailler à l’étranger, ils commençaient à avoir un impact.

Gaétan : Mais pas tellement en France puisqu’ils vendent plus aux Etats-Unis par exemple.

Federico : Oui, mais quand ils ont commencé à vendre aux Etats Unis, ils commen­çaient à avoir un impact. Nous, on est bien plus jeune qu’eux, et on n’a pas encore l’impact, même avec le deuxième album, pour aller travailler à l’étranger. Il faudrait que Virgin travaille autrement. Mais on est pour eux un format complètement nul…

Gaétan : …un peu bâtard.

Federico : Ce qui est minable. C’est juste un constat.

Virgin, étant anglo-saxon, pourrait essayer de promouvoir les groupes français à l’étranger?

Mais, ce n’est que Virgin France !

Gaétan : Virgin Amérique ne va pas dire, sous prétexte qu’ils sont aussi Virgin : « on va le sortir aux Etats-Unis« . Parce qu’imagine qu’ils fassent des disques pour les Etats-Unis et qu’en même temps ça ne prenne pas, que le public n’achète pas, ça veut dire signer chez Virgin Etats-Unis. C’est la même major, mais ce sont deux choses distinctes, deux sociétés totalement différentes. Par contre, avec l’implan­ta­tion de Virgin en France, c’est beaucoup plus facile pour Virgin Etats-Unis de refiler ses merdes à Virgin France.

Federico : Leurs grosses merdes, c’est vraiment les méga groupes américains. Ils ne lancent pas de merde…

Gaétan : Musicalement je veux dire. Je dis « merde » parce que ça ne nous intéresse pas.

Federico : C’est quand même des gros groupes.

Gaétan : C’est des groupes qui vendent énormément.

Federico : Ils ne se posent pas de questions, ils le balancent parce que ça marche. Il faut qu’on trouve un nouveau format, mais il n’y a pas le feu. Tu verras quand on brûlera la baraque ! Ce qui me fait marrer ! Avant, pour moi, ce n’était pas une question du tout. Il y a deux ans, souvent les gens nous demandaient « pourquoi chantez-vous en anglais« , mais je ne voyais pas du tout où était le propos. Maintenant, je me rends plus compte que c’est un problème. Pourquoi un problème, je ne sais pas. Mais c’est un problème. Les groupes néerlandais chantent au anglais, ce n’est pas un problème. Et pourtant, ils chantent en anglais.

Gaétan : C’est vraiment un complexe franco-français.

Federico : Pour nous, c’est un problème.

Gaétan : Ça ne pose aucun problème de dire du bien sur tel ou tel groupe hollandais qui chante en anglais, ou parfois sur un groupe allemand qui chante en anglais, il n’y en a pas des masses mais en France, par rapport à la presse, aux maisons de disques, c’est un vrai problème. On verra. On est confiants et puis tant qu’il y a du monde aux concerts et tant qu’il y a des gens heureux qui viennent nous voir, c’est bien. Tant qu’on partage notre musique avec certaines personnes. Et puis qu’on ne devienne pas aigris et amers avec ça. On le sera peut-être dans dix ans quand on aura fait cinq albums, et qu’on verra qu’il y a toujours les dix mille mêmes privilégiés. Là, peut-être qu’on commencera à devenir aigris. Mais pour l’instant ça va, comme dit Fred pour l’instant, il n’y a pas le feu.

Federico : Quand tu auras fait quinze fanzines tu seras peut-être aigri… (Rires)

Aimeriez-vous tourner à l’étranger?

Ça dépend des conditions. Si l’album était un peu distribué et qu’il ait un peu marché quelque part, dans une ville étrangère. Mais si on se ramène comme des guests et puis qu’il faut foutre les preuves, c’est très dur à faire.

Gaétan : Mais est-ce que tu aimerais bien aller jouer à l’étranger ? Est-ce que tu aimerais aller jouer en Espagne, en Italie ?

Federico : Ça dépend des conditions !!! En tant qu’inconnus, c’est hyper dur à faire. Si l’album a été un peu distribué, un peu passé dans les radios, alors d’accord.

Gaétan : Le plus pénible pour un groupe c’est d’arriver dans des salles où il n’y a personne, ou quand tu te fais siffler…

Federico : Il faut faire ses preuves.

Gaétan : Si tu y vas avec un peu d’assurance… mais si tu y vas pour jouer devant quatre personnes à chaque fois, ce n’est pas la peine. Autrement, ça nous plairait bien d’aller jouer à l’étranger : en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, en Italie, en Espagne… On a fait quelques concerts un peu en Suisse, et une fois en Espagne… C’était bien de jouer devant un public étranger.

Ils ont apprécié?

Ouais, ouais!

Federico : Moi, ce qui me plairait par-dessus tout, ce serait qu’un de nos albums foute une claque, en Angleterre, ou aux Etats Unis. Qu’il y ait quelque chose qu’ils aiment dedans. Ce qui n’est pas facile. Pas parce qu’on ne fait pas une aussi bonne musique que les anglais ou que les américains, loin de là, mais comment les prendre pour qu’ils se prennent une claque? C’est ça qui est difficile. Parce qu’ils peuvent se prendre des claques bien sûr. Les anglais, ils sont trop cons. C’est bleu, blanc, rouge leur drapeau, comme le notre mais ils ont trop ça. Ils veulent toujours leur petit truc qui ressort…

Gaétan : Ils sont très autarciques, très fermés sur eux même, très protectionnistes.

Federico : Mais un jour, on pourrait leur foutre une claque avec un petit album de rien, une petite claque pour leur montrer : « maintenant c’est bon, ouvrez-vous au reste« . Quand on me dit le Melody Maker, le NME, il n’y a que ces ragots-là mais ils ne savent pas qu’il y a des groupes français. Je ne sais pas combien il y en a, peut être trois mais tant pis, avec trois groupes français, on peut foutre le feu en Angleterre, mais on ne peut pas parce qu’ils n’aiment pas que les groupes autres qu’anglais foutent le feu. Donc ils viennent aux concerts avec des seaux pleins d’eau ! (Rires) C’est ça et tu ne peux pas foutre le feu parce qu’on n’est pas un groupe anglais. Mais autrement on pourrait le faire. Pas forcément nous, mais un groupe pourrait. Nous, si on faisait un bon album qui tient la route pour les anglais. Mais les anglais ne veulent pas. C’est une île et même les allemands n’ont pas réussi à la brûler alors pourquoi nous en temps de paix (Rires). C’est dommage, parce que pour nous ce serait bien, on chante en anglais parce que c’est la langue qu’on aime bien pour chanter. Moi j’aimerais bien avoir une espèce d’échange avec des groupes anglais, juste un échange tout con. Parce qu’on n’a pas la honte par rapport aux groupes anglais en général. Moi, je n’ai pas la honte! Il n’y en a pas tant que ça qui me séduisent, quelques uns, sinon je ne suis pas ahuri.

Tout à l’heure, vous disiez que vous ne viviez pas entièrement de votre musique. Cela vous gêne-t-il ?

Gaétan : On en vit mais… C’est un système ASSEDIC, donc on est un peu chômeur, ce qui fait que je dis qu’on en vit.

Federico : Ça nous permet de vivre de la musique. C’est un système polyvalent, entre les concerts et les ASSEDIC, entre les deux. Mais ce n’est jamais garanti. Pour l’instant, il faut faire 43 concerts par an et ça oblige à une structure de concerts. Ça nous oblige à faire une tournée et de faire 43 salles par an en France. Ça peut sembler simple mais il faut trouver. Il faut être payé avec des cachets.

Gaétan : Il faut être déclaré, rien au noir, donc on paye énormément de charges sociales.

Federico : Cette année, ça nous a permis de ne vivre que de la musique, ce qui est bien. Et peut-être l’an prochain aussi. Pour l’instant, on n’a pas tous le statut. Il n’y en a plus que deux à ne pas l’avoir, mais après, on pourra revivre une troisième année comme ça. Ce qui permet de ne faire que de la musique. Comme on dit, « vous êtes passés professionnels« , ce qui est un drôle de mot. C’est vrai qu’on ne fait que de la musique depuis un an et demi, mais professionnel ça parait un peu bizarre (Sourire). Ce n’est pas vraiment le mot, mais c’est une peu ça quand même. On ne fait que de la musique.

Gaétan : C’est un statut un peu privilégié.

Federico : Et c’est un statut qui peut-être balayé d’une seconde à une autre.

Gaétan : C’est clair qu’on serait en Angleterre, par exemple, ou dans un autre pays où il n’existe pas ça comme protection sociale, avec ce qu’on vend comme disque et ce qu’on touche comme public, on n’en vivrait pas, on serait obligés de bosser à côté.

Federico : En sachant qu’en Angleterre, peu de petits groupes vendent autant de disques qu’on en vend. Il y a une sélection tout autre que la nôtre.

Gaétan : The Boo Radleys est un groupe qui marche pas mal et avec le disque précédent, ils avaient cartonné mais ils commencent à en vivre que depuis le deuxième. Avant, ils n’en vivaient pas, alors qu’ils devaient vendre bien plus que nous. Souvent le chanteur ne se consacre qu’à la musique et les autres travaillent à côté. Souvent le batteur et le bassiste font ça en dilettante, font un autre boulot à côté avant que le groupe marche vraiment, alors qu’en France les cinq personnes peuvent se permettre de ne faire que ça.

Donc en dehors de la musique vous n’avez pas d’autres activités ?

Non, on n’a aucun travail professionnel. On travaille pour le plaisir, loisir, musique.

Est-ce que vous envisagez un jour d’arrêter ? Comment voyez-vous ça ?

Je ne pense pas que je ferais de la musique toute ma vie, mais envisager d’arrêter le groupe, non.

Federico : On verra à 50 ans, on fera peut-être quelque chose de spécial qui ne sera pas ce qu’on fait en ce moment, mais on fera sûrement quelque chose. Peut-être qu’à 35 ans, ou moins, à 30 ans, on se dira « J’ai envie de faire tel truc » et on le fera.

Comment ont été accueillis vos nouveaux morceaux sur scène ?

On n’a pas fait assez de concerts pour savoir.

Gaétan : Mais les nouveaux morceaux, pour le peu de concerts qu’on a fait, sont très bien accueillis. On a joué il n’y a pas longtemps à Colmar et à Nancy et il y a des gens qui connaissaient déjà les chansons. C’était 15 jours après la sortie du disque. Ça c’est agréable, c’est plaisant.

Ça montre que vous avez un public ?

Ouais, il y a un public de base. Mais apparemment, il y a une bonne réaction. Je ne sais pas si le deuxième album marchera aussi bien que le premier parce qu’il est moins facile d’accès. Je sais qu’il y des gens qui ont eu une petite réticence au départ quand il est sorti, ils n’ont peut-être pas trouvé ce qu’il voulait, ce qu’il attendait, et je suis sûr qu’au bout de 3, 4 écoutes, ils le trouvaient bien, sinon ils aimeront le troisième… Ou s’ils ne comprennent pas le deuxième, c’est peut-être parce qu’ils n’avaient pas compris certaines choses du premier.

Est-ce que vous attachez une importance à votre public ?

On est le genre de groupe dont la musique dépend du public. Elle ne dépend pas de la presse, elle ne dépend de rien d’autre. Elle ne dépend que du public. C’est le bouche à oreille, c’est vraiment le public qui nous fabrique, qui nous fait, le groupe, c’est vraiment grâce au public. S’il n’y a pas de public, il n’y a pas de groupe. Et puis il n’y a pas de musique sans public. C’est évident. Un groupe, ce n’est pas seulement 5 personnes, c’est le groupe plus sa vie. A tel point qu’on y est vachement sensible, quand il n’y a pas beaucoup de monde ou quand il y a un public un peu hostile, ce n’est jamais un bon concert. Il y a des groupes qui arrivent à faire ça, qui de toute façon, public chaud ou pas chaud, ils seront égaux à eux-mêmes, ils feront de bons concerts. Ils n’en ont rien à foutre, ils foncent dedans. Nous pas. S’il y a quelque chose de tendu entre nous et le public, c’est forcément un mauvais concert. Mais parfois, ça nous est arrivé de sentir mal un concert, de ne pas sentir l’endroit, pas sentir la ville, pas sentir les gens et finalement au bout d’un moment, ça se décrispait de la part du public, on sentait qu’ils étaient plus chauds et les fins de concert étaient vachement mieux. De toute façon, on a commencé par faire de la scène. Un mois après que le groupe a existé, on jouait ici, on n’avait pas beaucoup de chansons, surtout des reprises, on osait à peine jouer et tout de suite le lendemain on s’est revus, on savait qu’on voulait faire ça. On savait qu’on voulait aller dans les villes, découvrir des endroits, rencontrer des gens et tout ce que ça comporte, l’excitation de faire un concert, l’excitation qu’il y a entre nous dans la journée avant le concert, puis aussi tout ce que ça comporte, dormir à l’hôtel, manger tous ensemble, rencontrer des gens. Maintenant, comme ça fait longtemps qu’on tourne et qu’on a joué dans les mêmes endroits, on sait que dans telle ville, on rencontrera tel type ou là telle nana, ou là tel fanzine… A chaque fois on fait des rencontres, et puis il y a des gens qu’on oublie. S’il y a vachement d’affinités avec certaines personnes, on s’en souvient, on reste en relation avec eux. On a des amis partout, c’est vraiment un plaisir de jouer en concert, même si parfois quand on a joué 10 jours, 15 jours à la suite, qu’on a l’impression de se répéter, l’impression de faire quelque chose d’un peu fonctionnel, qui relève plus du fonctionnariat par moments, c’est comme ça, on ne va pas inventer des chansons nouvelles tous les soirs. Tu as un répertoire et tu es bien obligé de t’y tenir, mais de varier un peu. Nous sommes très inégaux dans nos concerts. On fait des très bons concerts et de très mauvais concert, mais c’est la seule chose qui peut varier. Ça dépend vraiment de notre humeur. On n’est pas un groupe qui fait ça pour la promo avec un truc réglé. On n’en est pas capable parce qu’on aime vraiment faire ça. Si on n’est pas de bonne humeur, c’est un mauvais concert. C’est dommage pour certaines personnes parce qu’il y a des gens qui ont dû nous voir un soir où ça n’allait pas bien, mais c’est comme ça. Mais le groupe c’est comme un individu, il a son humeur. S’il ne joue pas bien le soir, c’est qu’il s’est passé quelque chose. On peut lui reprocher, dire « J’ai payé 60 balles, c’était nul« , mais en même temps ça prouve qu’il ne ment pas, c’est un groupe authentique qui a une humeur comme tout le monde. Ce n’est pas un groupe spectacle qui a répété pendant 15 jours, comme des groupes pour qui tout est calculé au millimètre. Un groupe a la droit de se planter comme un être humain, comme un individu.

Ça vous arrive souvent d’avoir des « engueulades » dans le groupe ?

En tournée plus que quand on répète. Quand on écrit les chansons, on peut s’engueuler mais on se connaît tellement bien que ça passera. Alors qu’en tournée, il y a vachement de non-dits, comme on sait qu’on va passer un mois ensemble on prend vachement sur soi, ce qui fait qu’il y beaucoup de tension. Ça s’accumule et à un moment ça pète. Mais si un soir, on est un peu bourrés, on va se balancer ce qu’on a à se dire, et c’est en même temps un peu plus malsain parce qu’il y a un peu plus de non-dits, alors que si on est dans le local de répétition, si quelque chose ne va pas entre nous, on s’engueule mais tout est dit tout de suite.

Il y a peut-être en tournée une pression qu’il n’y a pas autrement ?

C’est ça, on va être obligé de passer un mois ensemble, on ne va pas s’engueuler pour tout, après ça créé un froid et ne serait-ce que si deux personnes doivent s’engueuler, elles préfèrent prendre sur elles, plutôt que de s’engueuler et de mettre mal à l’aise tout le groupe, parce que ça crée quelque chose de mal à l’aise pour tout le monde. Après les autres sont entre deux eaux, doivent jongler entre deux individus qui s’énervent provisoirement, et c’est un peu agaçant donc on évite de s’engueuler. On finit toujours par s’engueuler au bout de 10 jours, de 15 jours. Ça finit toujours par péter un soir et puis finalement, il s’ensuit toute une série de discussions puis on rentre à l’hôtel bras dessus, bras dessous et ça va mieux le lendemain.

Comment faites-vous pour composer vos chansons ?

Avant c’était plus tout le monde. Tout le monde mettait sa patte. Maintenant les rôles sont beaucoup plus définis. Fred et Stéphane écrivent plus les chansons chez eux, en général elles arrivent avec une base finie. Ensuite Olivier, Eric et moi, on s’y met et on retravaille un peu dessus. Les choses peuvent varier par rapport à l’écriture du départ, mais souvent, c’est les chanteurs qui amènent une chanson. Mais il n’y a pas de leader non plus, souvent une chanson peut vraiment changer. S’il y en a un qui a un coup de génie à la batterie, aux claviers ou à la basse, ça peut modifier la chanson. Tout le monde participe à l’écriture en répétition. Parfois, la chanson arrive telle quelle. Ça dépend des fois de toute façon. Chaque chanson a son vécu, c’est variable.

L’inspiration vient comment ?

Stéphane : Je ne sais pas, comme ça. Ça dépend de l’état du moment, mais parfois sans être ni triste ni joyeux, j’arrive à faire des trucs. C’est à force de jouer et quand tu joues, tu trouves des trucs intéressants. Si avec ça tu arrives à trouver une voix dessus qui plaît bien, tu cherches à trouver des trucs dessus et ça se fait comme ça.

Pour le chant, c’est celui qui écrit les paroles qui chante ?

Non, moi je n’arrive pas à trouver les paroles. Mais quand j’arrive à trouver des mélodies de voix, je chante en yaourt pour faire des maquettes de morceaux pour les filer à Fred qui travaille ensuite dessus. Lui écrit toutes les paroles pour mes chansons et pour les siennes. Moi je n’écris pas de paroles, je n’y arrive pas. (S’adressant à Gaétan) Toi tu y arrives par contre.

Gaétan : Moi ? Tu rigoles ? (Rires) …mais pas de paroles en anglais !

Et comme vous chantez en anglais…

Donc je ne trouve jamais de paroles (Rires).